en Ecosse et en Irlande

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LES  » CLEARANCES » en Ecosse au XIXeme siecle

Pour nous, francophones, un probleme de traduction se pose ; dans les differents documents traduits de l’anlais, deux traductions du mot « clearances »  sont proposees : evictions ou…nettoyage.

Lord et Lady Stafford furent heureux d’ordonner avec humanité un nouvel aménagement de ce pays. Que l’intérieur appartienne aux éleveurs de  moutons Cheviot et que l’on installe les habitants dans les régions côtières, sur des parcelles d’une superficie inférieure à trois acres arables, suffisante pour faire vivre une famille indus­trieuse, mais assez limitée pour que ces gens s’intéressent à la pêche (comme salariés). J’ose dire que les propriétaires ordonnèrent cet ar­rangement avec humanité, car ce fut assurément une extrême géné­rosité que de mettre ces hordes barbares en mesure de mieux s’as­socier, de s’appliquer à l’industrie, d’éduquer leurs enfants et de progresser dans la civilisation.

Patrick Sellar, régisseur des domaines Sutherland, Écosse, 1815


Les évictions: les moutons comme spéculation

La première vague des évictions, au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, repoussa sur des terres marginales une population paysanne jadis autonome. Il s’agissait de dégager les terres de l’intérieur pour l’éle­vage ovin, tout en créant une main-d’oeuvre salariée pour la pêche et la pro­duction de soude à partir du varech, activités qui étaient entre les mains d’industriels. L’introduction de moutons Cheviot à tête noire, dans les an­nées 1760, fut le moteur de «l’amélioration» agricole, permettant de réaliser des profits substantiels sur des terres qui n’étaient aptes auparavant qu’à l’agriculture paysanne de subsistance. Pour ne citer qu’un des innombrables exemples, 300 personnes furent expulsées en 1826 de l’île de Rum qui est aujourd’hui une réserve naturelle entièrement vidée de sa population autoch­tone. Le propriétaire, MacLean of Coll, dépensa 5 livres 14 shillings pour le passage vers le Canada de chacun des émigrants adultes. Vidé de ses habi­tants et cédé à bail d’un seul tenant comme ferme d’élevage ovin, le domaine rapportait un fermage de 800 livres, contre seulement 300 livres précédem­ment; cela représente une période de remboursement de l’investissement d’un peu plus de trois ans


Éviction  à North Uist , 1895. Collection de Norman Johnstone

J’en ai vu des choses, de mon temps et dans ma génération! Tant de choses, ô Marie! mère du noir chagrin! J’ai vu les townships vidés, et les grands domaines qu’on en a fait en ex­pulsant les gens du pays pour les expédier dans les rues de Glasgow et les étendues sauvages du Canada, du moins ceux d’entre eux qui n’étaient pas morts de faim, de peste ou de va­riole en traversant l’océan. J’ai vu les femmes installer les en­fants dans des charrettes envoyées de Benbecula et de Iochdar à Lochboisdale, tandis que leurs maris étaient retenus prison­niers dans des enclos à bétail et pleuraient auprès d’eux sans pouvoir leur tendre une main secourable, les femmes elles-mêmes se lamentant bruyamment et leurs jeunes enfants hur­lant à fendre l’âme. J’ai vu ces hommes grands et solides, ces champions de la campagne, ces piliers du monde, attachés sur le quai de Lochboisdale puis poussés dans le bateau comme on l’aurait fait pour des chevaux ou du bétail, avec derrière eux les régisseurs, les gendarmes et les policiers qui les pourchas­saient. Le Dieu de vie et Lui seul sait quel travail répugnant ces hommes firent ce jour-là.»

Pour ceux qui restaient au pays, les conditions étaient souvent misérables sur les terres marginalisées. La grande famine de la pomme de terre en Irlande et en Écosse fut l’une des conséquences de l’éviction de ceux qui étaient relégués sur des parcelles inaptes à la culture et contraints de rempla­cer une agriculture diversifiée par une monoculture «efficace». En 1811, la pomme de terre constituait les quatre cinquièmes de la consommation ali­mentaire des insulaires des Hébrides

La catastrophe survint en 1846, an­née où la récolte, attaquée par la moisissure phytophthora infestans, pourrit sur pied dans pratiquement tous les champs. Le parallèle est manifeste avec les famines qui résultent de nos jours des conséquences imprévues d’un dé­veloppement socialement injuste. Norman MacLeod, envoyé aux Hébrides en 1847 pour y distribuer des secours alimentaires, écrit ce qui pourrait être un rapport de terrain pour Oxfam:

«La scène de dénuement dont nous avons été les témoins dans la propriété du Colonel Gordon était déplorable, elle crevait le cœur. Toute la population du pays semblait être rassemblée sur le rivage, occupée à ramasser leurs précieuses coques (coquillages)… Jamais je n’avais vu pareilles expressions — la famine sur beaucoup de visages, le regard mélancolique des enfants aux gros genoux, aux jambes arquées, les orbites creuses et le ventre enflé — Dieu les aide, jamais je n’ai ren­contré pareille misère

http://www.alastairmcintosh.com/foreign/francais_interculture.htm

 

 


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