en Ecosse et en Irlande

Emeutes a Belfast

Belfast: les émeutiers toujours «privés de drapeau»
Un article très inéressant et  documenté, extrait du blog : http://irlande.blogs.liberation.fr/
 
Un autre écho dans la presse irlandaise :
The Independant – David Mac Kittrick – 11/02/2012

IRLANDE DU NORD • Emeutes à Belfast : la rage des jeunes protestants

Les violences se multiplient en Irlande du Nord depuis que la municipalité de Belfast a décidé, le 3 décembre, de retirer le drapeau de l’Union Jack de son fronton. Les émeutiers, de jeunes protestants issus de la classe ouvrière, ont le sentiment de n’avoir rien gagné avec la paix.
Deux jeunes loyalistes assis à côté d'une voiture en train de brûler dans un quartier est de Belfast, le 8 décembre - AFP Deux jeunes loyalistes assis à côté d’une voiture en train de brûler dans un quartier est de Belfast, le 8 décembre – AFP
Ils sont les représentants d’une génération perdue, restée largement à l’écart d’un processus de paix qui a pourtant amélioré l’existence de presque tous leurs concitoyens. S’ils jettent des pierres aujourd’hui, c’est parce qu’ils ont le sentiment de ne pas avoir de place dans la société actuelle et sont animés d’une profonde rancœur à l’égard d’un monde qui change. La controverse autour du drapeau de la mairie n’est que le dernier d’une longue série d’embrasements.Certains sont membres d’organisations paramilitaires loyalistes mais bon nombre ne le sont pas. « J’en reconnais un paquet, déclare un ancien prisonnier et militant loyaliste. Ce ne sont que des agitateurs. Certains ont été exclus des groupes paramilitaires, d’autres sont des drogués ou des criminels ».Emeutes récréativesAlors que la plupart des protestants et des unionistes sont véritablement attachés au drapeau de l’Union Jack, les jeunes émeutiers encapuchonnés n’y voient qu’un prétexte pour semer le trouble. Tous les ans en été, ils descendent dans la rue pour se livrer à ce qu’on appelle ironiquement des « émeutes récréatives ».La plupart du temps au chômage, ils n’hésitent pas à attaquer violemment les forces de police sans se soucier un instant des conséquences pour la cause des unionistes ou l’image de l’Irlande du Nord. Cette année a été marquée par un important essor du tourisme, avec notamment la visite de Hillary Clinton au nouveau musée du Titanic, vitrine du Belfast moderne. Cette image sera toutefois entachée par les émeutes et la discorde.Les émeutiers prennent peu de risques en perpétuant ces violences. La police tire des balles en plastique et procède à quelques arrestations mais les jeunes sont rarement blessés et ceux qui sont poursuivis en justice reçoivent généralement des peines légères. Les spécimens qui comparaissent devant un tribunal sont pour la plupart des êtres pathétiques que leurs avocats défendent en insistant sur leur naïveté et sur le fait qu’ils étaient généralement sous la forte influence de l’alcool ou de drogues.Il faut également tenir compte de l’existence de groupes illégaux, comme l’Ulster Volunteer Force (UVF) [Force volontaire d’Ulster], même s’ils sont nettement moins actifs qu’auparavant. L’UVF pourrait craindre d’être rattrapée par la police à propos d’affaires non résolues. Un de ses anciens membres a accepté de collaborer avec la police et de témoigner contre plus d’une dizaine de ses anciens chefs en les accusant de toute une série de meurtres. Une partie des émeutes a été encouragée par l’UVF afin de mettre les autorités en garde contre les réactions violentes que pourraient susciter ces poursuites judiciaires.Une communauté en déclinLes loyalistes ont toujours accroché le drapeau de l’Union Jack et d’autres emblèmes aux poteaux et lampadaires, mais leur message est très différent aujourd’hui. Alors qu’ils servaient auparavant à affirmer la domination des protestants sur les catholiques, ces symboles sont à présent vus comme des actes de bravade alors que la communauté protestante de Belfast ne cesse de se rétrécir. Erigés par des paramilitaires ou quelques fortes têtes locales, ils servent à avertir les catholiques de ne pas entrer en territoire protestant. Leur présence est moins l’affirmation d’un caractère britannique qu’un symbole sectaire.Si les unionistes ont perdu leur majorité au conseil municipal de Belfast, et par voie de conséquence le vote sur le retrait du drapeau, c’est à cause du déclin constant de la population protestante. [Selon le dernier recensement de 2011, la part de la population protestante a chuté de 53% à 48% en 10 ans. Le pourcentage de catholiques s’élève désormais à 45% (en hausse de 2%).] Les loyalistes de la classe ouvrière ressentent un profond sentiment de déclassement et répètent souvent que « les catholiques obtiennent tout ce qu’ils veulent, et nous rien ».Alors que le républicanisme irlandais a produit des personnages exceptionnels comme Gerry Adams [chef du parti souverainiste Sinn Féin] ou Martin McGuinness [actuel vice-Premier ministre nord-irlandais et négociateur en chef du Sinn Féin pour l’accord du Vendredi saint de 1998], les loyalistes n’ont jamais réussi à créer un équivalent du Sinn Féin. La plupart des partis unionistes sont aujourd’hui considérés comme des représentants bourgeois éloignés du peuple.

Pas de grand espoir d’amélioration

Les habitants des ghettos ont perdu tout sentiment d’appartenance à la ville et une bonne partie de leur fierté.

Le sentiment de rejet est tangible: le chômage fait des ravages et les problèmes sociaux comme la consommation de drogue ou le suicide des jeunes, sont monnaie courante. Les chantiers navals et l’industrie lourde qui recrutaient à tours de bras ont fermé depuis longtemps et les résultats scolaires des jeunes garçons protestants restent médiocres: seuls une poignée d’entre eux vont jusqu’au lycée et moins encore à l’université.Ceux qui réussissent leur scolarité quittent généralement les ghettos pour des quartiers plus calmes où les drogues, l’endettement, les groupes paramilitaires et la criminalité ne sont pas des problèmes constants. Ceux qui restent dans les zones difficiles de Belfast comme Shankill ou Woodvale grandissent sans figure tutélaire, ni grand espoir d’amélioration. A cela s’ajoute un profond sectarisme qui renforce l’impression que les catholiques, eux, ne cessent de progresser. Résultat, les questions symboliques comme le drapeau de la mairie ou le droit pour les loyalistes de défiler devant des quartiers catholiques, prennent de plus en plus d’importance car ils sont vus comme les derniers vestiges de l’influence loyaliste.
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