en Ecosse et en Irlande

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Le Baladin du monde occidental de John Millington Synge

« La création de The Playboy of the western world de John Millington Synge (1871-1919), le 26 janvier 1907 à l’Abbey Theatre de Dublin est l’acte de naissance tumultueux de la littérature irlandaise moderne. Synge ouvre une brèche dans laquelle vont s’engouffrer des générations d’écrivains, de James Joyce à Samuel Beckett en passant par Sean O’Casey.

Dès la première, Le Baladin provoqua une terrible bataille digne de celle de Hernani. Chaque soir, des spectateurs fanatiques cherchèrent à empêcher la représentation d’un texte jugé diaboliquement immoral. Au-delà du contexte très puritain de l’époque, la violence des réactions suscitées par cette comédie sauvage est à la mesure de l’ambition affichée par Synge de faire entendre sur la scène une langue vivante, c’est à dire un théâtre qui, à l’instar des Grecs ou de Shakespeare, conjugue l’invention d’une parole poétique singulière avec l’appropriation passionnée de l’imagination populaire. Un théâtre archaïque et raffiné dont Le Baladin apparaît aujourd’hui comme le manifeste flamboyant. »

Philippe Macasdar
Dramaturge

Mis à part dans le monde du théâtre,  Synge est beaucoup moins connu en France que d’autres auteurs et dramaturges irlandais. Proche de Yeats, il aura pourtant été l’un des principaux acteurs du Celtic Revival, et l’un des cofondateurs de l’Abbey Theatre. Il aura aussi influencé, parmi d’autres, Beckett :  » Dans sa jeunesse, Beckett fut un habitué du Théâtre de l’Abbaye où il admirait tout particulièrement les œuvres de Yeats, Synge et O’Casey. Il y a une similitude frappante entre les personnages des pièces et des romans de Beckett et les vagabonds, les mendiants et les paysans qui peuplent les œuvres de Synge. »

Une biographie intéressante ( cliquer sur la photo)

John Millington Synge – 1871-1909

 

 

 

 

 

 

 

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Constance ou l’Irlande d’Anne Pons

La Comtesse Markievicz @IT

Tant de fois entendu le nom de Constance Markievicz, plus particulièrement au cours des célébrations des évènements de 1916, l’année dernière. Tout en connaissant un peu son histoire,  le rôle important qu’elle avait joué en 1916 et la place particulière qu’elle tenait dans le coeur des Irlandais, je ne la connaissais pas vraiment . Lacune comblée avec cette biographie d’Anne Pons. Qui d’autre qu’Olivier Barrot (cf vidéo ci-dessous)pour nous offrir une critique simple, concise et intelligente de ce livre.

 

http://www.easter1916.ie/index.php/people/a-z/countess-constance-markievicz/

Une critique publiée dans l’Express – Par l’historien Pierre Joannon  le
 Constance Gore-Booth épousa un comte polonais, puis la cause indépendantiste irlandaise. Anne Pons ressuscite brillamment cette femme fantasque, égérie des taudis dublinois

Parce que l’Irlande n’est pas étrangère à la tragédie qui endeuilla sa famille, Anne Pons s’est faite la mémorialiste passionnée de cette île dont elle sait mieux que personne restituer la poésie, mais aussi la violence, qui présida à l’enfantement de son indépendance au lendemain de la Première Guerre mondiale. Une extraordinaire figure de femme résume l’ambivalence de cette époque tourmentée. Dans les taudis dublinois, on l’appelait «madame» ou «la comtesse»; dans les salons bourgeois de Fitzwilliam Square, on ajoutait «la comtesse rouge». Singulier destin en vérité que celui de cette Constance Gore-Booth, fleuron de l’aristocratie coloniale anglo-irlandaise, à qui Yeats prêtait des langueurs de gazelle préraphaélite alors que son sang charriait la révolte et la brutalité carnassière d’une tigresse aux aguets. 

Avec fougue et talent, Anne Pons ressuscite son enfance protégée au manoir de Lissadell, dans le comté de Sligo, sa vie de bohème à Paris, où elle s’essaie à la peinture et convole avec le comte Casimir Markievicz, boulevardier au titre polonais équivoque, et sa conversion soudaine à la cause de la révolution sociale et nationale, dont elle va devenir l’une des plus bruyantes égéries. Fantasque, brouillonne, généreuse, elle délaisse fille et mari pour se jeter à corps perdu dans toutes les causes qui sollicitent son énergie débordante: l’émancipation des femmes, le nationalisme culturel, le socialisme, qui fait son apparition sur les bords de la Liffey. 

En 1909, elle fonde une organisation de scouts, à qui, en guise de jeux de piste, elle inculque le tir au revolver, la topographie urbaine et la guerre de rue. En 1913, son beau visage tuméfié par un coup de matraque, elle distribue des soupes populaires aux familles d’ouvriers victimes du lock-out de Dublin. Elle est élue trésorière de la Citizen Army, la milice syndicale qui s’arme pour protéger les grévistes. En 1916, coiffée d’un inénarrable bibi à plumes, elle fait le coup de feu pendant l’insurrection de Pâques. Condamnée à mort, graciée, première femme élue de l’histoire révolutionnaire, elle croupit dans les geôles anglaises pendant la guerre d’indépendance et dans les prisons irlandaises pendant la guerre civile. En 1927, elle rend son âme indomptable au Dun’s Hospital, l’hospice des pauvres. Pendant quarante-huit heures, les miséreux, les va-nu-pieds, les exploités défileront devant son cercueil recouvert du drapeau tricolore de la République. Le grand écrivain Sean O’Faolain, qui n’était pas sans critiques à son égard, avait par avance forgé son épitaphe: «Elle était si adorable dans son rôle de rebelle courageuse et gaie, chevauchant vers sa mort, comme trente ans auparavant sur les terres du Sligo, quand elle galopait à bride abattue, franchissant les doubles fossés et les murs de pierre, sa sauvage chevelure au vent.»

Joannon Pierre, historien de l’Irlande.