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North Rona, iles Hebrides en Ecosse

North Rona aux Hebrides  : paradis des petrels et des macareux

Puffins

ILE DE RONA
Au paradis des petrels et des macareux 
 DANS CET ARTICLE, IL S’AGIT DE L’ILE DE NORTH-RONA  situee au large de Lewis dans les Western Isles (Hebrides exterieures)

http://www.courrierinternational.com/article/2006/09/28/au-paradis-des-petrels-et-des-macareux

Sur ce bout de rocher perdu au nord des Hébrides, les oiseaux ont remplacé les bergers. La poétesse écossaise Kathleen Jamie y voit l’image d’un avenir possible pour notre monde.

Nous sommes aux alentours de 1680. L’intendant de Saint-Kilda, un certain McLeod, accompagné de son épouse et d’un “bon équipage”, fait voile depuis cette île jusqu’à leur demeure de Harris quand un violent orage éclate.

Chassés vers le nord pendant des heures, au-delà même du Butt of Lewis [extrémité nord de l’île de Lewis, la plus septentrionale des grandes Hébrides extérieures], ils finissent drossés sur l’île de Rona. Ils en réchappent et sauvent leurs vivres, mais leur bateau est détruit. Rona est dépourvue de plage, aussi entament-ils la terrible ascension des rochers sans que quiconque se porte à leur secours. Peut-être est-ce la nuit, ou peut-être ont-ils débarqué sur la côte nord de l’île. A travers champs, ils se dirigent vers un hameau d’où ne monte aucune fumée. L’île abritait une trentaine d’habitants, ainsi que cela avait toujours été le cas depuis des siècles. On y trouvait une chapelle, déjà ancienne, et un oratoire construit par saint Ronan en personne, ainsi que des maisonnettes au toit de chaume blotties les unes contre les autres, à demi enterrées. McLeod et ses compagnons lancèrent des appels en gaélique. En vain. Personne ne répondit. Par la suite, McLeod a raconté comment ils avaient enterré les cadavres qu’ils avaient trouvés. Un désastre avait frappé la petite communauté, une invasion de rats – “arrivés nul ne sait d’où” –, qui avaient dévoré les récoltes. Cette année-là, aucun navire de commerce n’avait atteint l’île. “Ces personnes étaient mortes de privation.”
Saint-Kilda, avec ses falaises fantastiques, a également été le théâtre d’émouvantes histoires de solitude et d’abandon. L’île est plus connue, voire plus fréquentée, que Rona, qui est située plus loin encore en plein Atlantique, à 70 kilomètres au nord de Lewis, à la même latitude que les Orcades. Les cartes attribuent des noms gaéliques à la moindre crique, à la plus petite anse, mais il n’y a plus personne pour les prononcer. Certains ont tenté de s’y réimplanter. Des agriculteurs s’y sont maintenus pendant encore cent cinquante ans, mais, en 1844, la dernière famille a jeté l’éponge et est rentrée à Lewis. Depuis, l’île est livrée à elle-même.
Elle ne paie pas de mine : longue de deux kilomètres et demi, elle est dominée par une colline d’une centaine de mètres de haut, Toa Rona, qui descend vers l’ouest pour se transformer en une crête qui se mue en promontoires rocheux dégringolant vers la mer. Au nord, moins praticable, s’étend une péninsule plane. Sur la hauteur orientée au sud, le paysage est presque luxuriant. C’est là que se trouvent les vestiges de la chapelle, le village abandonné et les champs depuis longtemps en friche. Rona ne voit plus passer que des plaisanciers, le personnel d’entretien du phare et des éleveurs de Lewis qui, une fois l’an, viennent rassembler les moutons à demi sauvages. Sans oublier les zoologues qui organisent régulièrement des virées pour étudier phoques et oiseaux. Mouettes tridactyles et guillemots se reproduisent sur les falaises ; la moindre butte abrite des goélands à manteau noir. En dehors du phare moderne, construit pour les pétroliers, il n’y a qu’un édifice fonctionnel – une chaumière qu’occupent parfois quelques biologistes de terrain. Tous les automnes, ils viennent observer les phoques de l’île. Et il y a la mer, et le bruit des vagues, omniprésent, incessant.


Notre expédition a été organisée par Stuart Murray, bien connu des ornithologues écossais, qui a affrété un yacht à moteur, le
Poplar Voyager, et a proposé des places à onze autres personnes choisies par lui : des zoologues, des écologistes, des photographes, un archéologue, un spécialiste des premiers monuments chrétiens, chacun ayant ses centres d’intérêt particuliers, ses obsessions, son expérience. Nous partons de Kinlochbervie, en Ecosse même. Le pilote nous a prévenus que la traversée risquait d’être rude, et quand il quitte le port pour obliquer vers le nord-ouest, la mer est houleuse. Six heures sur des flots d’un bleu sombre ourlés de l’écume des vagues. Quand il se faufile entre les nuages mouvants, le soleil brille d’une lumière crue sous laquelle les rares fous de Bassan ressemblent à des flèches blanches. Le vent, lui, est glacial. Pour rester sur le pont alors que le bateau roule et tangue, il faut s’emmitoufler avec imperméable, gants et chapeau. De grands labbes patrouillent dans le ciel tandis que des escadrilles de guillemots ou de macareux filent au ras de l’eau. Au bout d’une heure, alors que les falaises du cap de la Colère disparaissent derrière nous, des cris d’excitation retentissent : trois orques femelles viennent de faire leur apparition, leur aileron dorsal noir fendant rapidement la mer, fugace vision sombre et ivoire affleurant sous la surface. Mais, une heure plus tard, seuls les plus endurcis sont encore debout. Quand, vers le milieu de l’après-midi, quelqu’un s’exclame que l’on peut voir Rona, c’est en vomissant par-dessus bord que j’aperçois ce lointain joyau.
Nous avons un plan : après avoir dressé nos tentes et exploré les environs, nous mangerons sur le bateau. Puis, à la tombée de la nuit, nous nous rassemblerons dans le village déserté. Un chemin étroit se faufile dans les champs, dont les limites sont encore visibles. Jusqu’aux maisons vides. Ce n’est qu’une fois à l’intérieur que l’on prend conscience de ce qu’elles sont : des murs de pierre brute à moitié enfouis dans le sol. Avec notre vision anthropocentrique du monde, nous ne voyons dans ces vestiges que des traces “émouvantes” et “silencieuses”, alors qu’elles vibrent d’un joyeux tintamarre. Quelque chose volette à toute vitesse dans l’obscurité, peut-être une chauve-souris.
C’est l’une des raisons qui poussent les ornithologues à se rendre à Rona. Les pétrels culs-blancs sont des oiseaux rares, qui vivent en mer et ne viennent sur terre que pour se reproduire. Ils nichent dans des trous, souvent en haut des falaises, et se déplacent la nuit. Il faut un permis spécial pour les attraper et les baguer. S’il n’y avait leur odeur entêtante, je pourrais croire que cette histoire de pétrels n’était qu’un rêve.
Le lendemain matin, la lumière du soleil matinal est aveuglante, réverbérée par les vagues. La mer nous entoure de son infinitude. Je grimpe sur la colline, traverse les champs et atteins le village et la chapelle de Saint-Ronan afin de les admirer en plein jour. Bien sûr, les filets ne sont plus là. Les ornithologues, qui sont restés debout jusqu’à 4 heures du matin, ont attrapé une centaine d’oiseaux. Les murs bas, encombrés de terre, de lichen et de touffes de laine de mouton, sont de nouveau livrés au silence. La porte de la chapelle est si basse qu’il faut se pencher pour la franchir. La nef rectangulaire est minuscule. Le toit a disparu, il ne reste plus que les murs. Mais, même à ciel ouvert, une aura d’antique sainteté émane des lieux. Contre les murs sont appuyées quelques meules brisées et plusieurs grossières croix de pierre souillées de fientes. On peut sentir, symboles jumeaux de la vie sur Rona, le dur labeur dans les meules et le paganisme qui rôde toujours autour des croix.
Dans le mur est de la chapelle, un seuil encore moins haut que le précédent ouvre sur la grande pièce à encorbellement de l’oratoire du saint. Le linteau est taillé dans du quartz. Tout ici respire le néolithique. Il flotte un parfum de terre. Il y a mille deux cents ans, saint Ronan a débarqué sur ces rivages. Visiteuse venue d’un futur inconcevable, je reste là un bref instant, m’imaginant ce à quoi a dû ressembler la traversée sur un petit bateau à voile, jusqu’à la découverte d’une île désolée, une île où bâtir une cellule de pierre pour y prier. Dans la solitude de son existence contemplative, Ronan aurait-il pu imaginer un tel avenir ? Il lui était sans doute plus facile d’envisager le royaume des cieux.
Martin Martin, un chroniqueur de voyages gaélique du XVIIe siècle qui constitue une source inépuisable d’informations, fait état d’un détail séduisant sur les habitants de Rona :
“IIs se nommaient d’après la couleur du ciel, de l’arc-en-ciel et des nuages.” Les endroits comme Rona aiguillent l’imagination. Puissante évocation d’un passé perdu, l’antique chapelle, le village et les champs depuis longtemps à l’abandon ont quelque chose de poignant. On peut voir ce passé, paisible, comme baigné d’une lumière aux reflets de bronze. Mais, en arpentant les ruelles, je me suis demandé si de tels lieux ne nous offraient pas plutôt aujourd’hui des images d’un avenir possible. Un avenir lointain, si différent, où d’autres endroits habités seront abandonnés. Déjà, on entend parler d’inondations ici, de sécheresses là. Il nous faut peut-être des spectacles comme Rona pour nous aider à entrevoir le monde à venir. Par-delà le ressac et les cris des oiseaux, c’est le long hurlement de l’occupation humaine que l’on perçoit, un hurlement qui va decrescendo. La chapelle, tout le village, en fait, est un monument. Sous certains aspects, il est étrange que nous ayons choisi de protéger de tels endroits. Il est interdit de les toucher, de changer ces lieux pourtant déjà changés, qui pourraient nous donner les moyens de réfléchir aux bouleversements futurs.
L’après-midi, les nuages s’obscurcissent, ils se bousculent un peu plus rapidement. La mer se pare du gris d’un dos de pétrel. Les vagues montent à l’assaut avec un grondement sourd, puis se replient en de confus tourbillons turquoise. Les guillemots, nerveux et inquiets, leur tournent le dos et s’agrippent à leurs falaises que je longe prudemment sur quelques mètres. Puis le relief rejoint le niveau de la mer et, sur un kilomètre vers le nord, devient une péninsule baptisée Fianuis. Le reste de Rona est verdoyant et prospère, mais ici, tout est plat, chiche. C’est ici qu’un bon millier de phoques viennent chaque année se reproduire et élever leurs petits. Au bout, là où la terre se dilue dans la mer, une poignée d’oies sauvages prend son envol. Je repense aux oiseaux de mer, à la vie du village, au changement. Rona, bien sûr, porte le nom de son saint. Plus tard, cependant, j’ai demandé à l’un des membres de l’équipe, qui parle un peu le gaélique, ce que signifie le nom de cette péninsule au bout d’une île désertée où les oiseaux sont en crise et d’où l’homme est parti depuis longtemps. Fianuis veut dire “témoignage”, ou “témoin”.

 


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St Kilda, une ile vraiment a part

Saint Kilda, « l’île du bout du monde », a été abandonnée par ses habitants le 29 août 1930. Pour les trente-six personnes qui y vivaient encore, ce fut le dernier jour d’une histoire vieille de plusieurs siècles, voire de plusieurs millénaires.

A leur propre demande, les Saint-Kildans ont été évacués. Pour la première fois, ils ont laissé s’éteindre le feu dans la cheminée. Dans un geste symbolique et traditionnel, ils ont répandu une poignée d’avoine sur les planchers et déposé des bibles dans ces maisons qu’ils ne reverraient plus. Certaines étaient ouvertes à la page de l’Exode. Rien n’avait préparé les Saint-Kildans à l’accueil qui leur fut réservé sur les côtes écossaises : une foule de curieux, des reporters, des appareils photo. Ils se sentirent dans la peau des pensionnaires d’un « zoo humain », explique l’un d’eux. Norman Gillies, aujourd’hui âgé de 73 ans, se « rappelle avoir couru sur le pont du bateau, puis avoir débarqué. Je n’oublierai jamais ces gens venus en masse voir ceux qui étaient pour eux des extraterrestres ». Mae MacLeod a quitté l’île avec sa famille en 1922. A 80 ans, elle est convaincue que beaucoup de Saint-Kildans ne s’en sont jamais remis. « Les anciens ont eu le coeur brisé, dit-elle. Lorsqu’ils ont quitté leur île et leur maison, ils ont perdu la santé. » Le nom Saint Kilda désigne en réalité un archipel composé de quatre îles (Hirta, Dun, Soay et Boreray). Mais l’usage veut qu’il soit employé pour qualifier l’île principale, Hirta, qui mesure un peu plus de trois kilomètres sur trois. Elle est située à 160 km environ au nord-ouest de l’Ecosse [et à 70 km des îles Hébrides extérieures]. « La dernière et la plus lointaine des îles », comme l’écrivit jadis un chroniqueur, est aussi la contrée la plus sauvage et la plus reculée de Grande-Bretagne.

L’endroit est si isolé, et ses falaises de trente mètres si hautes, qu’il produit son propre nuage. Des tempêtes assourdissantes, soufflant parfois à 200 km/h, fouettent les côtes cent jours par an. Aujourd’hui, les bateaux n’accostent à Hirta qu’en été, et seulement par beau temps. Après de longues heures en mer, ils trouvent refuge à Village Bay, l’endroit le plus abrité (si l’on peut dire) de l’île : une baie taillée dans la roche et bordée de montagnes. Les Saint-Kildans constituaient le dernier peuple indigène de Grande-Bretagne. Privés pour ainsi dire de tout contact avec le reste du pays jusqu’au XIXe siècle, ils ont conservé le même mode de vie pendant des générations.

 Leur activité principale consistant à escalader les falaises pour chasser les oiseaux de mer, leurs pieds ont évolué en conséquence ; ils se caractérisaient par des chevilles très épaisses et, dit-on, des orteils presque préhensiles.

 

 

 

 

 

Véritable république, l’île possédait deux « Parlements », celui des hommes adultes et celui des femmes. Ni police, ni criminalité, ni argent. Pendant la majeure partie de leur histoire, les Saint-Kildans n’ont connu ni les arbres, ni la guerre, ni l’écriture. En arrivant en Ecosse, Calum MacDonald a été « fasciné » de voir des gens à bicyclette (il n’avait jamais vu de véhicules à roues auparavant) et ne comprenait pas « comment ils faisaient pour ne pas tomber ». Et ces îliens n’avaient pas de miroirs. Le premier fut offert par un capitaine de la marine marchande à un Saint-Kildan nommé Norman MacQueen, en 1903. Ce dernier le conserva par la suite dans sa poche et le regardait en secret. Selon la légende, son épouse l’aurait surpris en train de glisser sous son oreiller ce qu’elle prenait pour l’image d’une autre femme et, y jetant un coup d’oeil, elle aurait fait le commentaire suivant : « Oh, en tout cas, ce n’est pas une beauté ! » Les Saint-Kildans avaient des chants, des danses, des complaintes et menaient une vie rude, très rude. Ils étaient persuadés que des esprits peuplaient les puits, mais n’avaient pas d' »Histoire », au sens où nous l’entendons. Les seules dates qui comptaient étaient celles qui marquaient la naissance et la mort des propriétaires fonciers – d’affables Ecossais « continentaux » [les chefs du clan MacLeod en leur fief de Dunvegan, sur l’île de Skye, jusque dans les années 30] dont les régisseurs étaient payés à l’année en plumes d’oiseau (utilisées pour garnir les oreillers) et en tweed de laine de mouton – et l’arrivée de missionnaires, à partir des années 1820…..

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